Eauclaire

Ma famille, par pauvreté m’a cédé au plus offrant… je hais la pauvreté… je hais ma famille…
Une fois devenue adulte, mon maître voulait me faire courtisane, sans doute pour me punir de n’avoir jamais su lui donner mon âme…
Une nuit après s'être repus de mon corps, après avoir corrompu ma chaire une dernière fois, il s'est endormi, poisseux, immonde....
J'approchai doucement mes lèvres de son oreille pour lui susurrer : Oh cher " maître ", toi qui à reçu en lègue de tes aïeux cette serpe prise à un coupeur de gui de mon pays, toi qui m'as reçu de part ma mère bafouée, vois une dernière fois comme je suis belle, ce soir je reprends ma vie.... "
Il ouvrit des yeux ronds, commença à vouloir parler, mais jamais le son ne franchit ses lèvres que j'avais patiemment appris à détester, je fis glisser la lame le long de sa gorge pour en faire jaillir le carmin de son sang. Pour la première fois il me donna du plaisir, pour la dernière fois il posa les yeux sur moi.
Couverte de sang, je pris le temps de me plonger dans l'eau de son bain, pour m'y rincer et m'y délasser. D'expérience je savais que personne ne viendrait jusqu'au petit matin. Je savourais lentement ce moment de joie, je pris le temps de m'habiller et de me maquiller. Il serait dommage de se faire prendre dans les couloirs de la maison, échevelée et couverte de sang.
Bien avant l'aube je pris le chemin de mes terres, je du me cacher… souvent… tout le temps… Dès qu'une silhouette apparaissait à l'horizon, attendre le moment pour frapper, sans haine, juste munie du besoin impérieux de se nourrir. Ces jours d'errance sont des souvenirs d'une clarté insoutenable, du pain taché de sang au goût acre dans la bouche, l'eau chauffée par le soleil brûlant ma gorge desséchée.
Apres des jours et des jours, j'arrive enfin au porte de mon pays, enfin mon pays, toi que je n'ai jamais connu, je vais courir sur tes vertes terres et y faire expier nos ennemis...


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